Painting the Dark: Light, Shadow & the Drama of Contrast - Royal Talens
Painting the Dark: Light, Shadow & the Drama of Contrast - Royal Talens

L’automne a le don de transformer la lumière.


Les journées raccourcissent. Les ombres s’étirent sur le paysage. Les intérieurs semblent plus chaleureux à mesure que le monde extérieur s’assombrit. Une fenêtre éclairée au crépuscule paraît soudain plus accueillante, voire un peu mystérieuse. Le mois d’octobre nous rappelle que c’est dans l’obscurité que l’on remarque le plus la lumière.


Les artistes ont compris cette relation depuis des siècles. La lumière et l’ombre peuvent décrire les formes et créer de la profondeur, mais elles peuvent également instaurer une atmosphère, diriger notre attention et raconter une histoire. Parfois, ce qu’un artiste choisit de ne pas révéler est tout aussi important que ce qu’il nous permet de voir.

Sortir de l’obscurité

À la Renaissance, les artistes ont développé le clair-obscur, littéralement « lumière-ténèbres », en utilisant des variations progressives de valeur pour conférer aux personnages et aux objets une impression de volume convaincante.

À l’époque baroque, des artistes tels que le Caravage ont poussé cette relation vers quelque chose de bien plus dramatique. Son utilisation du ténébrisme opposait des personnages vivement éclairés à des zones d’ombre profondes. La lumière ne se contentait plus de décrire la forme. Elle prenait une dimension théâtrale.

Mais le contraste dramatique n’est pas l’apanage de la tradition occidentale.

Les artistes japonais de l’ukiyo-e, tels qu’Utagawa Hiroshige, abordaient la nuit de manière très différente. Plutôt que de s’appuyer sur un modelé progressif, Hiroshige utilisait souvent des formes aplaties, des silhouettes, le clair de lune, des lanternes et de vastes étendues d’obscurité pour créer une atmosphère.

Un personnage traversant un pont pouvait n’être guère plus qu’une forme sombre. Une fenêtre ou une lanterne lumineuse pouvait ponctuer une scène par ailleurs sobre.

Le Caravage et Hiroshige proposent des solutions très différentes à un même problème visuel : comment nous faire ressentir la lumière ?

La réponse, aussi surprenante soit-elle, réside dans l’obscurité.

Caravage
La Conversion sur le chemin de Damas, 1601
Huile sur toile

Quand les ombres racontent des histoires

À l’époque moderne, les ombres ont pris une dimension de plus en plus psychologique.

Sur les places mystérieuses de Giorgio de Chirico, des ombres d’une longueur incroyable s’étirent à travers des espaces architecturaux presque vides. Nous ne savons peut-être pas exactement ce qui s’est passé, mais ces tableaux nous donnent le sentiment que quelque chose s’est produit, ou que quelque chose est sur le point de se produire.

Edward Hopper a trouvé un drame similaire dans la vie quotidienne américaine. Un restaurant qui brille dans une rue sombre, un rayon de soleil traversant une pièce, ou une fenêtre éclairée entourée par l’obscurité peuvent transformer une scène du quotidien en un récit.

Ce langage visuel s’étend au-delà de la peinture. Le film noir a transformé l’éclairage directionnel intense, les silhouettes, les ombres profondes, les embrasures de porte éclairées et les angles dramatiques en un vocabulaire de mystère et de suspense. La lumière ne se contente pas de nous permettre de voir les personnages. Elle contrôle ce que l’on est autorisé à savoir.

Cette sensibilité cinématographique se retrouve également dans l’œuvre chargée de tension psychologique de Paula Rego. Ses personnages semblent souvent pris au milieu d’une scène déjà en cours. Des relations de valeur dramatique renforcent la tension, permettant à l’ombre de faire partie intégrante de l’histoire.

Giorgio de Chirico
Mystère et mélancolie d'une rue, 1914
Huile sur toile

L'ombre a une couleur

Il y a une autre leçon importante qui se cache dans toute cette obscurité :

Une ombre n'est pas simplement noire.

Peu d’artistes l’ont illustré plus magnifiquement que Claude Monet. Pour les impressionnistes, les ombres étaient empreintes de couleur et soumises aux mêmes variations de lumière que tout ce qui les entourait. Dans les tableaux de Monet représentant la neige, les meules de foin, les bâtiments et les paysages, les ombres peuvent prendre des teintes bleues, violettes, roses ou vertes selon la lumière et l’atmosphère environnantes.

Observez attentivement : les ombres peuvent contenir des couleurs réfléchies par les objets environnants. Une lumière chaude peut produire une ombre relativement froide. Un ciel bleu peut influencer les ombres qui s’étendent sur un paysage. La lumière réfléchie peut introduire une couleur inattendue même dans les passages les plus sombres.

Les peintres acryliques peuvent explorer ce phénomène en mélangeant des tons sombres chromatiques plutôt que de recourir systématiquement au noir. Essayez de combiner du Bleu outremer avec de la Terre de Sienne brûlée. En ajustant les proportions, le mélange peut varier entre des nuances proches du noir, tantôt plus chaudes, tantôt plus froides, tout en conservant une subtile sensation de couleur.

Le Noir reste une couleur puissante et polyvalente sur la palette, mais l’exploration des tons sombres chromatiques et d’autres combinaisons de couleurs peut ouvrir la voie à une plus grande variété de températures, d’effets et de possibilités.

L’objectif n’est pas simplement de rendre quelque chose plus sombre. Il s’agit de donner vie à cette obscurité.

Claude Monet
Les Meules
1890-1891
Huile sur toile

De l’ombre à la forme

Nous pouvons pousser cette idée un peu plus loin. Que se passe-t-il lorsque nous cessons de considérer une ombre comme quelque chose de lié à un objet et que nous commençons à la voir simplement comme une forme ?

C’est une découverte que j’ai faite très tôt dans mon parcours de peintre. Quand j’étais étudiant, je prenais un tableau ou une photographie et je le réduisais à ses seules valeurs les plus sombres et les plus claires. L’image devenait alors un ensemble de formes plutôt que d’objets. C’était un exercice simple, mais il m’a appris quelque chose que j’applique encore aujourd’hui dans mon travail : une ombre peut être une forme, une couleur et un élément essentiel de la composition.

David Hockney en offre un merveilleux exemple. Dans bon nombre de ses tableaux californiens, les ombres deviennent des formes simplifiées de couleur. Elles ne se contentent pas de décrire l’absence de lumière. Elles établissent une structure, un rythme et un mouvement au sein de la composition.

Même si l’on supprime complètement la représentation, le principe demeure. Les peintures audacieuses en noir et blanc de Franz Kline démontrent à quel point nos yeux réagissent fortement aux valeurs opposées. Robert Motherwell a utilisé d’imposantes formes sombres sur des fonds plus clairs pour créer du rythme, du poids et une intensité émotionnelle.

Le contraste lui-même peut devenir le sujet.

David Hockney
Piscine verte avec plongeoir et ombre, 1978
Peinture à la pâte à papier sur papier

Essayez : Peindre l’obscurité

En ce mois d’octobre, essayez d’intégrer activement l’obscurité à votre peinture.

Placez un objet simple sous une lumière directionnelle intense et peignez ses ombres sans utiliser de Noir. Mélangez des tons sombres chromatiques et observez attentivement les couleurs réfléchies.

Essayez de peindre une scène nocturne en n’utilisant que quelques zones éclairées. Transformez un personnage ou un objet en silhouette et laissez l’espace négatif qui l’entoure le définir.

Ou essayez l’exercice que j’ai découvert lorsque j’étais étudiant. Choisissez un tableau ou une photographie et réduisez-le à deux valeurs seulement : la lumière et l’obscurité. Oubliez les objets et concentrez-vous sur les formes qu’ils créent. Puis passez à l’étape suivante et transformez ces formes en couleurs.

Pour un résultat un peu plus mystérieux, laissez l’ombre devenir la narratrice. Peignez un objet ordinaire, un personnage, une porte ou une fenêtre, mais laissez son ombre suggérer quelque chose d’inattendu.

Après tout, octobre est le mois idéal pour laisser un peu de mystère s’inviter dans l’atelier.

La lumière révèle. L’ombre dissimule. Et quelque part entre les deux, un tableau commence à raconter son histoire.

À propos de l'auteur

Jeff Olson est un artiste basé à Seattle qui possède plus de trente ans d'expérience dans le domaine de la création artistique et des expositions. Il est à la fois peintre et éducateur et possède une connaissance approfondie des matériaux qui façonnent l'expression visuelle.

Il est directeur de l'éducation artistique chez Royal Talens North America, où il partage ses connaissances avec des universités, des organisations artistiques et des événements professionnels à travers les États-Unis et le Canada. Son travail se concentre sur l'histoire, la composition et le potentiel expressif des matériaux utilisés par les artistes. Pour en savoir plus sur Jeff, veuillez consulter son site web.

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